Adapter l'organisation du travail V2
Horaires, pauses, rotation des tâches, travail en équipe : l’organisation du travail peut aider à limiter l’exposition à la chaleur et à réduire les risques pour les travailleurs.
Certaines adaptations de l’organisation du travail, comme l’aménagement des horaires, peuvent nécessiter la consultation du Comité social et économique (CSE) lorsqu’il existe. Les anticiper permet de les mettre en place plus facilement en période de forte chaleur.
Quand les températures augmentent, certaines situations de travail deviennent plus pénibles ou plus risquées.
La chaleur peut avoir des conséquences sur la santé, notamment un risque d’hyperthermie (élévation anormale de la température du corps, pouvant devenir dangereuse pour la santé) lorsque le corps n’arrive plus à se réguler. Elle augmente également la fatigue, réduit les capacités physiques et altère la vigilance. Dans les situations les plus graves, la chaleur peut entraîner des atteintes sévères à la santé, et même provoquer des décès.
Adapter l’organisation du travail au sein de l’entreprise ou de l'organisation est souvent l’un des premiers leviers mobilisables pour limiter l’exposition à la chaleur et ses effets, sur la santé des travailleurs comme sur la continuité de l’activité.
Les aspects matériels (contraintes physiques, espaces de travail, moyens et équipements, conditions sanitaires, etc.) et organisationnels (temps de travail, rythme de travail, procédés, répartition des tâches, autonomie et marge de manœuvre dans la réalisation de l’activité, etc.) sont des leviers essentiels pour éviter la dégradation des conditions de travail et prévenir les risques liés à la chaleur.
Certaines mesures peuvent sembler simples à mettre en place, mais nécessitent en pratique d’anticiper leurs conditions de mise en œuvre et leurs effets sur l’activité. Elles gagnent aussi à être combinées entre elles pour être réellement efficaces.
Certaines mesures relèvent d’obligations réglementaires, d’autres de bonnes pratiques. Toutes contribuent à préserver la santé des travailleurs et la continuité de l’activité.
Concrètement, 12 actions peuvent être mises en place pour limiter l’exposition à la chaleur et ses effets :
- Limiter l’exposition directe à la chaleur
- Mettre à disposition des espaces frais
- Autoriser le télétravail lorsque c’est possible et souhaitable
- Limiter ou reporter le travail physique lorsque c’est possible
- Adapter les tâches ou mécaniser certaines opérations
- Permettre aux travailleurs d’adapter leur rythme de travail
- Augmenter la fréquence des pauses
- Adapter les horaires de travail
- Définir des règles souples en matière de codes vestimentaires
- Mettre à disposition des Équipements de Protection Individuelle (EPI) adaptés lorsque c’est nécessaire
- Éviter le travail isolé, privilégier le travail en équipe
- Tenir compte de la période d’acclimatation
1. Limiter l’exposition directe à la chaleur
Réduire l’exposition au soleil et aux sources de chaleur artificielle permet de limiter la chaleur ressentie par les travailleurs, même lorsque la température de l’air reste élevée.
Lorsque l'activité le permet, il est utile de réduire le temps d’exposition des travailleurs au soleil ou aux sources de chaleur artificielle (ex : four, blanchisserie...).
Cela peut passer par :
- la rotation entre postes plus ou moins exposés
- le déplacement de certaines tâches à l’ombre
- l’aménagement de zones de travail moins exposées
- permettre l’installation de protections solaires, notamment devant des surfaces vitrées
Le rayonnement solaire peut fortement augmenter la chaleur perçue par le corps. Se mettre à l’ombre ou se protéger du soleil permet donc de réduire rapidement cette exposition.
Point de vigilance : l’ombre évolue au fil de la journée. Anticiper son déplacement permet de maintenir des zones ombragées là où elles sont le plus utiles.
Sur le terrain : des solutions efficaces… selon les contextes
🟡 Chez Com’Inject, PME spécialisée dans l’injection de pièces plastiques, des rafraîchisseurs d’air adiabatiques mobiles ont été installés dans certaines zones de l’atelier où les équipes ressentaient un air qui “stagnait” entre les presses à injecter. L’objectif : permettre aux salariés de récupérer plus facilement pendant les périodes chaudes.
“On sent vraiment une différence dans certaines zones de l’atelier” témoigne Anastasia, responsable maintenance outillage.
🟡 Chez ESARIS Industries, dans le Bas-Rhin, l’entreprise a également testé des enceintes adiabatiques mobiles afin de rafraîchir l’atelier. Mais l’expérience s’est révélée peu adaptée à leur environnement de travail : bruit important, forte humidité dans l’air et inconfort pour les opérateurs.
Après quelques jours d’essai, les équipes ont finalement cessé d’utiliser les équipements :
“Les opérateurs n’en voulaient plus du tout” explique Zarko Hauschberger, responsable QHSE.
Ces deux expériences montrent qu’une solution de rafraîchissement peut être pertinente dans certains environnements de travail et beaucoup moins adaptée dans d’autres, d’où l’importance de tester les dispositifs dans les conditions réelles avant de les déployer plus largement.
Certaines solutions peuvent sembler simples à mettre en place (comme l’installation de protections solaires), mais peuvent se heurter à des contraintes techniques ou réglementaires. Il est important d’anticiper ces difficultés et de les combiner avec d’autres actions.
Découvrez les solutions pour :
Test
Jouer sur l'environnement de travail
2. Mettre à disposition des espaces frais
3. Mettre à disposition des espaces frais possible et souhaitable
Jouer sur la charge de travail
4. Limiter ou reporter le travail physique lorsque c’est possible
5. Adapter les tâches ou mécaniser certaines opérations
Jouer sur le rythme du travail
6. Permettre aux travailleurs d’adapter leur rythme de travail
7. Augmenter la fréquence des pauses
8. Adapter les horaires de travail
Jouer sur les vêtements de travail
9. Définir des règles souples en matière de codes vestimentaires
10. Mettre à disposition des Équipements de Protection Individuelle (EPI) adaptés lorsque c’est nécessaire
🇪🇺 Comment font nos voisins européens ?
Dans plusieurs pays européens, les horaires de travail sont déjà adaptés en période de forte chaleur.
- En Espagne ou en Italie, le travail est souvent concentré le matin et en fin de journée, avec une pause longue aux heures les plus chaudes.
- Certaines villes espagnoles interdisent même les travaux extérieurs en milieu de journée.
- En Allemagne, le sujet progresse : des entreprises et organisations testent des journées en deux temps (matin / soirée), avec une pause prolongée à midi.
- Ces organisations permettent de limiter fortement l’exposition à la chaleur, mais elles impliquent aussi de repenser les rythmes de travail, les transports et la vie quotidienne.
Adapter l’organisation du travail est souvent l’un des premiers leviers mobilisables pour faire face à la chaleur. Il permet d’agir rapidement, avec des marges de manœuvre concrètes.
Crédits photos : INRS