Mairie de Grenoble : et si le métier de jardinier devenait invivable en été ?


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  • Secteur : collectivité territoriale
  • Taille : environ 4000 agents
  • Localisation : Grenoble
  • Activité : services publics
  • Périmètre du retour d'expérience : Direction Nature en Ville (200 agents), dont 140 jardiniers.
  • Conditions de travail : travail physique en extérieur, forte exposition à la chaleur et aux UV

Le point de départ : un métier concret

La démarche a été initiée par Lucie Van Nieuwenhuyze, dans le cadre d’un stage de fin d'études réalisé au sein de la direction Nature en ville de la Ville de Grenoble.

Au départ, le sujet ne porte pas directement sur la chaleur. Il s’inscrit dans une réflexion plus large sur l’évolution des métiers face aux transformations à venir, avec une question centrale : à quoi ressemblera le métier de jardinier à Grenoble en 2040 ?

Pour y répondre, Lucie part sur le terrain, au contact direct des agents. Elle échange avec les jardiniers en situation de travail pour comprendre concrètement leur quotidien, leurs contraintes et ce qui leur semble le plus difficile.

C’est dans ce cadre que la question de la chaleur émerge progressivement comme un enjeu majeur.

À partir de ces observations, Lucie construit une quinzaine de scénarios d’évolution du métier, dont certains sont ensuite traduits en fiches de poste. L’objectif est de rendre tangibles les transformations possibles, en partant du réel.

La démarche consiste à s’appuyer sur les situations existantes, puis à les pousser pour faire apparaître les effets du changement climatique :
- passer de 35 °C à 45 °C,
- se projeter dans un futur proche,
- ou encore interroger les agents sur ce qu’ils conseilleraient à leurs enfants.

Cette approche permet de rendre les impacts concrets et de faire émerger des questions très opérationnelles sur l’avenir du métier.

Ce que ça change dans le travail

Le travail mené avec les jardiniers montre que la chaleur ne se limite pas à une gêne ponctuelle. Elle impacte directement le travail au quotidien :
fatigue plus importante, difficultés de concentration, sommeil perturbé, organisation des journées modifiée.

Elle agit donc sur plusieurs dimensions du travail en même temps, bien au-delà du seul inconfort.

Dans le même temps, le sujet reste encore peu structuré comme un risque professionnel. Il est identifié sur le terrain, mais plus difficile à intégrer dans les cadres habituels de prévention.

Enfin, Lucie souligne que le sujet ne fait pas encore partie des sujets prioritaires en interne.
Il n’existe pas toujours de pilotage clairement identifié, et les niveaux d’adhésion peuvent varier selon les équipes.

Dans ce contexte, partir de situations concrètes de travail apparaît comme un levier clé pour faire exister le sujet et engager des premières actions.

Commencez par une action simple, même modeste. L’important est d’ouvrir le sujet et de le rendre concret. Pour qu’une démarche prenne, elle doit aussi être incarnée par l’encadrement et construite avec les agents, à partir de leurs réalités de terrain.

Lucie Van Nieuwenhuyze

  • Direction des ressources humaines, mairie de Grenoble

Ce qui a été mis en place

🧠 Sensibiliser, informer et former

Prévenir les risques liés aux UV : une action simple, avec des effets concrets

Lucie a construit un partenariat avec des internes en dermatologie du CHU Grenoble Alpes, en lien avec une infirmière, pour intervenir directement auprès des agents.

L’action se déroule en trois temps :

  • une session de sensibilisation obligatoire sur les risques liés aux UV
  • un dépistage dermatologique gratuit, proposé sur la base du volontariat
  • une restitution des résultats, avec un second temps d’échange

Les sessions sont organisées sur le temps de travail, au plus près des équipes.

La participation est importante : environ une centaine d’agents inscrits, soit près de 60 % des agents de la direction Nature en ville.

Des situations nécessitant un suivi sont repérées. Les agents concernés ont pu être revus au CHU pour approfondir le diagnostic. Dans certains cas, cela a permis de traiter des problèmes de peau non détectés auparavant.

Comme le résume une agente : « grâce à ça, j'ai enfin pu être traitée ».

Cette action a permis d’ouvrir le sujet aux risques liés aux UV et, plus largement, d’amener progressivement les agents à s’intéresser aux risques liés à la chaleur.

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 Adapter les horaires de travail :

Réduire l’exposition aux heures les plus chaudes

Une évolution importante concerne l’organisation du temps de travail pour les agents les plus exposés, notamment les jardiniers.

En été, les horaires sont déjà organisés en continu, autour de 6 h - 13 h. La dernière heure est généralement passée à l’abri (locaux, garage, zones ombragées), pour les pauses, la douche, l’entretien du matériel ou des tâches administratives.

Un système d’adaptation a été mis en place en fonction des niveaux de vigilance météorologique :

  • en vigilance orange : les équipes peuvent réduire leur temps de travail d’une heure, avec report
  • en vigilance rouge : une heure de travail en moins, non récupérée

Concrètement, cela permet de limiter le temps passé sur le terrain aux heures les plus chaudes, en écourtant la présence en extérieur plutôt qu’en avançant davantage les horaires.

Ce choix repose sur un compromis : commencer plus tôt exposerait moins à la chaleur, mais pourrait dégrader le sommeil et l’équilibre de vie des agents. L’adaptation des horaires tient donc compte à la fois des conditions de travail et des contraintes personnelles..

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Des solutions ajustées au cas par cas

Ces ajustements sont décidés au niveau des équipes, en fonction des contraintes du métier et des agents. Ils ne sont pas systématiques : certains aménagements, comme le fait de commencer plus tôt, peuvent être difficiles à mettre en place selon les situations personnelles. Exemple : en déchetterie, le nettoyage des plateformes a été déplacé de la fin d'après-midi au matin pour éviter une tâche physique au moment le plus chaud de la journée.

🧪 Tester des solutions avec les agents : des équipements ajustés au terrain

Un groupe de travail est constitué avec 5 jardiniers volontaires, Lucie Van Nieuwenhuyze et un agent de direction. Il permet de tester concrètement les solutions envisagées et d’en discuter les usages.

Plusieurs sujets sont explorés :

  • les tee-shirts anti-UV manches longues
  • les chapeaux
  • la crème solaire
  • la sensibilisation


Les chapeaux

Plusieurs modèles sont testés directement par les agents, en situation de travail. Le choix final est fait collectivement.

Les critères retenus sont très concrets :

  • niveau de protection
  • légèreté
  • compatibilité avec les équipements (notamment le casque antibruit)
  • facilité d’usage (repliable, transportable)
  • acceptabilité

Une commande est ensuite passée. Sur environ 200 agents, 120 demandent à en bénéficier. La distribution s’accompagne d’un temps d’échange sur les risques liés à la chaleur et aux UV.

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La crème solaire comme point d’entrée pour aborder le risque UV

Plusieurs types de crèmes sont testés et mis à disposition dans les équipes. Après un an, le constat est mitigé : certains produits sont peu utilisés. Une évolution est envisagée vers un système plus souple, avec un accès à la demande, mieux adapté aux pratiques des agents. La crème solaire n’est pas considérée comme une solution suffisante en soi, mais comme un point d’entrée pour aborder la prévention avec les équipes.
"Pour moi, la crème solaire est un moyen d’engager l’échange et de prendre en compte le risque UV. Ce n’est pas le dispositif le plus parfait, ni un équipement de protection individuelle à ce stade, mais cela permet d’avancer sur le sujet." (Lucie Van Nieuwenhuyze)

🇮🇹 Un voyage d’observation en Italie pour prendre du recul… et faire évoluer les pratiques

  • En s’appuyant sur un projet autour de l’adaptation à la chaleur, la Ville de Grenoble a organisé un voyage d’observation à Florence (Italie), financé intégralement par le programme Erasmus+.

  • Pendant quelques jours, une vingtaine d’agents, majoritairement de terrain et issus de différents métiers, ont observé concrètement comment une autre ville s’adapte à la chaleur à travers ses espaces verts.

  • L’objectif n’était pas de reproduire des solutions, mais de confronter les pratiques et d’ouvrir de nouvelles pistes. Les agents ont notamment relevé l’importance de l’arbre en ville, des choix d’aménagement différents (notamment sur l’irrigation), et des approches qui interrogent les liens entre adaptation climatique et biodiversité.

  • Ce temps a permis de prendre du recul sur les pratiques à Grenoble, de conforter certaines orientations et de faire émerger de nouvelles questions. Il a aussi constitué un temps fort de cohésion, en permettant à des agents de différents métiers de se rencontrer, d’échanger sur leurs pratiques et de nourrir une réflexion collective.
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💶 Agir sans budget dédié : une stratégie par opportunités

Aucune ligne budgétaire n’est dédiée à l’adaptation à la chaleur. Les actions sont mises en place en mobilisant des ressources existantes, au cas par cas. Lucie le dit très clairement : "j’ai zéro ligne de budget".

Comment ça se passe concrètement

  • Certaines actions sont financées en interne, en combinant plusieurs budgets (ex. prévention des risques, fonds de dotation).
    Pour les chapeaux, par exemple, le financement a été réparti entre la prévention des risques et le magasin, via le fonds de dotation, et non sur une ligne budgétaire propre à la direction Nature en ville.
  • D’autres actions ont pu être menées grâce à des partenariats gratuits. C’est le cas du dépistage dermatologique, organisé dans le cadre d’un travail de thèse.
  • Le stage d'observation à Florence (Italie) a été entièrement financé par le programme européen Erasmus+

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🤝 Conseils entre pairs

Avancez par essais concrets avec les agents : testez, ajustez, observez ce qui fonctionne réellement. Les solutions les plus pertinentes sont celles construites à partir du terrain, pas décidées en amont.”

Une action simple peut avoir un fort impact si elle est visible et portée par l’encadrement : en venant sur le terrain, en apportant de l’eau, la direction montre que le sujet est réel et prioritaire.

Lucie Van Nieuwenhuyze

  • Direction des ressources humaines, mairie de Grenoble

Les solutions mobilisées dans ce retour d’expérience :

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Voici les solutions mises en œuvre, détaillées dans des fiches dédiées :

🧠 Sensibiliser, informer et former

(À venir prochainement)

Crédit photo : © Fabrice Dimier pour l'INRS/2025

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