Adapter l'organisation du travail
Horaires, pauses, rotation des tâches, travail en équipe : l’organisation du travail peut aider à limiter l’exposition à la chaleur et à réduire les risques pour les travailleurs.
Certaines adaptations de l’organisation du travail, comme l’aménagement des horaires, peuvent nécessiter la consultation du Comité social et économique (CSE) lorsqu’il existe. Les anticiper permet de les mettre en place plus facilement en période de forte chaleur.
Quand les températures augmentent, certaines situations de travail deviennent plus pénibles ou plus risquées.
La chaleur peut avoir des conséquences sur la santé, notamment un risque d’hyperthermie (élévation anormale de la température du corps, pouvant devenir dangereuse pour la santé) lorsque le corps n’arrive plus à se réguler. Elle augmente également la fatigue, réduit les capacités physiques et altère la vigilance. Dans les situations les plus graves, la chaleur peut entraîner des atteintes sévères à la santé, et même provoquer des décès.
Adapter l’organisation du travail au sein de l’entreprise est souvent l’un des premiers leviers mobilisables pour limiter l’exposition à la chaleur et ses effets, sur la santé des travailleurs comme sur la continuité de l’activité.
L’organisation du travail (horaires, répartition des tâches, pauses…) et les conditions de travail (aménagement des espaces, équipements, exposition à la chaleur…) sont des leviers essentiels pour réduire les risques liés à la chaleur.
Certaines mesures peuvent sembler simples à mettre en place, mais nécessitent en pratique d’anticiper leurs conditions de mise en œuvre et leurs effets sur l’activité. Elles gagnent aussi à être combinées entre elles pour être réellement efficaces.
Certaines mesures relèvent d’obligations réglementaires, d’autres de bonnes pratiques. Toutes contribuent à préserver la santé des travailleurs et la continuité de l’activité.
Concrètement, 11 actions peuvent être mises en place pour limiter l’exposition à la chaleur et ses effets :
- Mettre à disposition des espaces frais
- Autoriser le télétravail lorsque c’est possible
- Définir des règles souples en matière de codes vestimentaires
- Limiter l’exposition directe à la chaleur
- Adapter les horaires de travail
- Limiter ou reporter le travail physique lorsque c’est possible
- Augmenter la fréquence des pauses
- Adapter les tâches ou mécaniser certaines opérations
- Permettre aux travailleurs d’adapter leur rythme de travail
- Éviter le travail isolé, privilégier le travail en équipe
- Tenir compte de la période d’acclimatation
1. Mettre à disposition des espaces frais
Assurer l'accès à des espaces frais
Il est important de prévoir des espaces frais où les travailleurs peuvent se mettre à l’abri de la chaleur, notamment pendant les pauses ou en cas de besoin, afin de limiter les risques pour la santé. La mise à disposition de ces espaces est prévue par la réglementation.
Un espace frais est un endroit où la température permet au corps de ne pas être en difficulté face à la chaleur. Cela peut être obtenu grâce à différentes solutions présentées sur ce site. Si ces solutions ne peuvent pas être mises en place, un système de climatisation peut être utilisé, avec une température de consigne réglée autour de 26 °C.
La mise à disposition d’espaces frais peut nécessiter des aménagements spécifiques et ne pas être immédiatement possible dans tous les environnements de travail. Elle gagne donc à être anticipée, en lien avec l’organisation du travail.
2. Autoriser le télétravail lorsque c'est souhaitable
Pour certaines activités, le télétravail peut être autorisé pendant les épisodes de forte chaleur.
Il s’agit d’une possibilité laissée à l’organisation, et non d’une obligation.
Selon les situations, les conditions à domicile peuvent être tout aussi exposées à la chaleur.
🔎 Exemple
Chez Cerfrance Mayenne-Sarthe (53-72), un cabinet d'expertise comptable, les collaborateurs disposent de 2 jours de télétravail par semaine, ce qui offre une certaine souplesse pour adapter ponctuellement l’organisation en période de forte chaleur. Cette solution a toutefois ses limites : la chaleur peut aussi affecter les logements, et travailler depuis chez soi ne garantit pas toujours de meilleures conditions.
Bon à savoir : l’ADEME propose des conseils pour garder un logement frais en été, sans recourir systématiquement à la climatisation.
Consulter le guide
(Ouvre une nouvelle fenêtre) « Comment garder son logement frais tout l’été ? »
3. Définir des règles souples en matière de codes vestimentaires
Des vêtements amples, légers et de couleur claire facilitent la régulation de la température corporelle.
Lorsque le code vestimentaire n’est pas lié à la sécurité, il peut être utile de prévoir des règles plus souples pendant les périodes de forte chaleur.
L’employeur peut également prévoir des équipements adaptés (vêtements respirants, couvre-chefs, lunettes…).
ℹ️ Lorsque des équipements de protection individuels (EPI) sont nécessaires, ils doivent rester compatibles avec les fortes chaleurs, afin de garantir leur port effectif.
En revanche, les exigences de sécurité restent prioritaires. Comme le rappelle Jennifer Shettle, responsable du pôle informations juridiques à l'INRS « le casque qui protège sera toujours prioritaire à la casquette qui protège du soleil ».
Travailler torse nu n’est généralement pas autorisé : au-delà de la chaleur, les règles d’hygiène, de sécurité et de décence s’appliquent.
4. Limiter l’exposition à la chaleur
Réduire l’exposition au soleil et aux sources de chaleur artificielle permet de limiter la chaleur ressentie par les travailleurs, même lorsque la température de l’air reste élevée.
Lorsque c’est possible, il est utile de réduire le temps d’exposition des travailleurs au soleil ou aux sources de chaleur artificielle (ex : four, blanchisserie...).
Cela peut passer par :
- la rotation entre postes plus ou moins exposés
- le déplacement de certaines tâches à l’ombre
- l’aménagement de zones de travail moins exposées
- permettre l’installation de protections solaires, notamment derrière des surfaces vitrées
Le rayonnement solaire peut fortement augmenter la chaleur perçue par le corps. Se mettre à l’ombre ou se protéger du soleil permet donc de réduire rapidement cette exposition.
Point de vigilance : l’ombre évolue au fil de la journée. Anticiper son déplacement permet de maintenir des zones protégées efficaces.
Certaines solutions peuvent sembler simples à mettre en place (comme l’installation de protections solaires), mais peuvent se heurter à des contraintes techniques ou réglementaires. Il est important d’anticiper ces difficultés et de les combiner avec d’autres actions.
5. Adapter les horaires de travail
Aménager les horaires de travail permet de profiter des heures les moins chaudes de la journée et de limiter l’exposition à la chaleur.
Lorsque l’activité le permet, il est possible d’avancer le début de journée, de décaler certaines tâches (plus tôt ou plus tard) ou de fractionner les horaires (par exemple en évitant les heures les plus chaudes en milieu d’après-midi). Certaines organisations optent pour des horaires continus (6h-13h) ou des journées en deux temps, avec une pause prolongée aux heures les plus chaudes.
🔎 Exemple
En période de canicule, l’entreprise Esaris Industries (Bas-Rhin) adapte ses horaires : l’ensemble de ses opérateurs (environ 35 salariés) commencent à 5h pour terminer à 13h, afin de concentrer le travail sur les heures les plus fraîches.
Dans certaines situations, il peut aussi être nécessaire de réduire ou suspendre l’activité aux heures les plus chaudes.
🇪🇺 Comment font nos voisins européens ?
Dans plusieurs pays européens, les horaires de travail sont déjà adaptés en période de forte chaleur.
- En Espagne ou en Italie, le travail est souvent concentré le matin et en fin de journée, avec une pause longue aux heures les plus chaudes.
- Certaines villes espagnoles interdisent même les travaux extérieurs en milieu de journée.
- En Allemagne, le sujet progresse : des entreprises testent des journées en deux temps (matin / soirée), avec une pause prolongée à midi.
- Ces organisations permettent de limiter fortement l’exposition à la chaleur, mais elles impliquent aussi de repenser les rythmes de travail, les transports et la vie quotidienne.
6. Limiter ou reporter le travail physique lorsque c’est possible
Limiter ou reporter autant que possible le travail physique pour éviter la production de chaleur par l'organisme.
Les efforts physiques importants augmentent la production de chaleur par l’organisme. Lorsque les températures sont élevées, il peut être utile de limiter ou de reporter certaines tâches physiques.
7. Augmenter la fréquence des pauses
Augmenter la fréquence des pauses et, en extérieur, adapter leur durée à la température.
Plus la température augmente, plus l’organisme doit fournir d’efforts pour maintenir sa température interne.
Il peut donc être nécessaire :
- d’augmenter la fréquence des pauses
- d’adapter leur durée selon la température
- de prévoir des pauses supplémentaires pour les activités physiques
Bon à savoir : la réglementation prévoit des pauses en cas de chaleur intense. Lorsque la température augmente, ces pauses peuvent être plus fréquentes ou plus longues.
8. Adapter les tâches ou mécaniser certaines opérations
Modifier voire mécaniser certaines tâches
Lorsque certaines tâches sont particulièrement physiques, il peut être utile de :
- modifier l’organisation des tâches
- mécaniser certaines opérations
- réduire les efforts physiques demandés
🔎 Exemple
Sur certains postes, des outils ou des équipements peuvent être utilisés pour réduire l’effort physique. Par exemple, utiliser un chariot ou un appareil de levage pour déplacer des charges plutôt que de les porter manuellement.
9. Permettre aux travailleurs d’adapter leur rythme de travail
Permettre aux salariés d'adapter leur rythme de travail
Lorsque la chaleur est élevée, il peut être utile de permettre aux travailleurs d’ajuster leur rythme.
🔎 Exemple
Dans certaines activités industrielles, une ligne de production peut être prévue pour produire 100 unités par heure. En période de forte chaleur, l’entreprise peut accepter un rythme plus faible, par exemple 80 unités par heure, afin de tenir compte de la fatigue liée à la chaleur.
10. Éviter le travail isolé, privilégier le travail en équipe
Éviter le travail isolé : privilégier le travail en équipe, permettant une surveillance mutuelle des salariés.
Le travail isolé peut augmenter les risques en cas de malaise lié à la chaleur. Lorsque c’est possible, il est préférable de privilégier le travail en équipe, permettant une vigilance mutuelle.
🔎 Exemple
- Dans un centre de tri des déchets, les travailleurs doivent retirer différents matériaux d’un plateau roulant. Si une personne travaille seule, la tâche devient plus difficile. À plusieurs, la pénibilité diminue et les collègues peuvent repérer plus facilement un signe de fatigue ou de malaise.
Indépendamment de la chaleur, le travail isolé est une situation à risque. Lorsque ce type d’organisation ne peut pas être évité, des mesures peuvent être mises en place (contacts réguliers, dispositifs d’alerte en cas de problème).
Toutefois, ces dispositifs ne remplacent pas l’organisation du travail : ils doivent venir en complément, et non se substituer à des mesures visant à éviter le travail isolé.
La vigilance ne repose pas uniquement sur chacun : elle implique aussi le collectif de travail et le management. Être attentif aux signaux remontés par les travailleurs et favoriser les échanges permet de mieux repérer les situations à risque et d’agir rapidement.
11. Tenir compte de la période d'acclimatation
L’organisme a besoin de temps pour s’adapter à la chaleur. La période d’acclimatation nécessite au minimum 7 jours d’exposition régulière à la chaleur.
Une vigilance particulière est recommandée pour :
- les nouveaux embauchés
- les intérimaires
- les travailleurs revenant de vacances ou d’un arrêt maladie.
🔎 Exemples
- Une personne qui revient d’un séjour dans un pays froid peut avoir perdu son acclimatation à la chaleur. L’organisme est surtout acclimaté aux conditions des derniers jours d’exposition à la chaleur.
- Certaines entreprises mettent en place des plans de prévention spécifiques pour les travailleurs envoyés en mission dans des pays très chauds, lorsque les écarts de température sont importants.
Adapter l’organisation du travail est souvent l’un des premiers leviers mobilisables pour faire face à la chaleur. Il permet d’agir rapidement, avec des marges de manœuvre concrètes.
Crédit photo : INRS